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Un week-end pour pousser la porte des Frigos | 4-developers

Comme chaque année, les Frigos accueillent les curieux le temps d’un week-end, les 25 et 26 mai. Au programme : visite d’ateliers, vente de tableaux et concerts de jazz. Derrière les portes de ces anciens entrepôts frigorifiques, on découvre l’histoire d’une superbe friche artistique déjà trentenaire. 

En passant devant le bâtiment massif et énigmatique des Frigos, vous vous êtes peut-être déjà questionné : est-ce une usine abandonnée ? Est-ce un squat ? Ni l’un ni l’autre ! Entre la BNF et l’Université Paris VII, ces murs couverts de tags abritent les ateliers de 120 artistes et artisans installés en toute légalité.

A leur construction en 1921, rien ne prédestinait les Frigos à devenir un lieu de création. Jusqu’aux années 60. C’est là qu’étaient stockés les produits de bouche avant d’être acheminés jusqu’aux Halles. Au moment du déménagement à Rungis, les entrepôts frigorifiques sont laissés en jachère. En 1985, la SNCF, devenue propriétaire des murs, décide d’en tirer profit et de louer des espaces de travail au rabais. Qui irait s’installer dans ce petit coin du 13e arrondissement, où l’on ne trouve alors que des sites industriels décrépis ? Des artistes en quête d’ateliers abordables, bien sûr ! En quelques mois, toutes les pièces des cinq étages sont occupées.

Les couloirs des Frigos © Célia Laborie

Une aubaine pour les artistes

Mireille Cambau, la vingtaine à l’époque, trouve l’annonce dans Libération. « C’était il y a pile 30 ans, j’étais au tout début de ma carrière », explique l’artiste aux cheveux grisonnants en s’allumant une vogue. « Comme je n’avais pas les moyens de payer un atelier, je peignais dans ma cuisine, dans mon garage… Ce n’était plus possible. Cet espace aux Frigos, c’était une aubaine, j’ai sauté sur l’occasion. Aujourd’hui, je réalise que j’ai eu une chance incroyable : je n’ai jamais travaillé de façon isolée, j’ai toujours bénéficié de l’inspiration d’autres artistes autour de moi. »

Dès leur arrivée, les nouveaux locataires percent des fenêtres, font de la place pour leurs chevalets en déplaçant la machinerie avec leurs petits bras. Les murs se couvrent de fresques impressionnantes et les Frigos commencent à accueillir des expositions et des concerts.

Les visages en spirale de Paella © Célia Laborie

C’est un lieu bouillonnant, apprécié par les pouvoirs publics… mais précaire. Dès les années 1990, les Frigos sont menacés de destruction. Inquiets pour leur sort, les résidents créent deux associations de locataires en 1992. La mairie de Paris s’engage finalement à sauver le bâtiment, avant de le racheter en 2004. Entre temps, le quartier a totalement changé de visage, avec l’installation de la BNF et l’arrivée de la ligne 14 du métro. Presque tout le quartier a été rasé, sauf la friche artistique.

Aujourd’hui, les résidents sont en lutte contre l’augmentation des loyers, décidée récemment par le conseil de la ville de Paris. Avec des prix autour de 70€ le mètre carré par an, on est encore loin des 300 € pratiqués dans certains ateliers parisiens. Puisqu’il est impossible de trouver moins cher ailleurs, presque aucun des premiers arrivés n’a déménagé. « Ces prix très bas, ça nous a permis de nous tenir à distance des préoccupations commerciales, d’être plus libres dans nos créations », se félicite Paella, peintre et affichiste. En 1985, il a ouvert ici un atelier partagé avec cinq de ses camarades des Beaux-Arts. Il sortait tout juste de l’école et c’est ici qu’il a trouvé sa signature : des visages en forme de spirale, repérables sur tous personnages de ses toiles.

Un atelier à soi

France Mitrofanoff et ses tableaux d’arbres imaginaires © Célia Laborie

Si quelques ateliers se sont vidés ces derniers années, c’est parce que leurs locataires sont décédés. Ceux qui sont toujours là sont viscéralement attachés à cet ancien entrepôt. « La plupart des locataires sont là depuis plus de 30 ans, on se connait tous. Et même s’il y a des affinités plus ou moins fortes, on s’est tous vus grandir ici. » explique France Mitrofanoff avec émotion. Cette grande pièce nichée au 5e étage du bâtiment B, remplie de tableaux de forêts blanches, noires et jaunes, elle la considère comme sa « chambre à soi ». « L’atelier, c’est le premier outil d’un artiste, je ne me suis pas lassée de celui-là. Je resterai ici jusqu’à ma mort et jamais je ne laisserai ce bâtiment être démoli », martèle la peintre septuagénaire dans un grand sourire.

Portes Ouvertes aux Frigos
19 rue des Frigos, Paris 13e Métro Bibliothèque François-Mitterrand Samedi 25 mai de 14h à 22h et dimanche 26 mai de 14h à 20h

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